Route du Rhum : tirer les enseignements

FONICIA Route du Rhum

Michel Desjoyeaux.

Barcelona World Race
18/11/10


Ambitions contrariées pour les trois concurrents de la Barcelona World Race engagés dans la Route du Rhum en IMOCA. Abandon pour Kito de Pavant, une place de quatrième frustrante pour Jean-Pierre Dick et une sixième place loin d’être en rapport avec les ambitions de Michel Desjoyeaux. Il reste que pour les trois skippers qui ont fait le pari d’enchaîner Route du Rhum et Barcelona World Race, les deux dernières semaines ont été riches d’enseignements. Et qui sait ? Peut-être grandement profitables avant le départ de Barcelone…

Ils étaient trois à vouloir tenter le doublé Route du Rhum, Barcelona World Race et ce, malgré le timing très serré imposé par la nécessité d’être dans les délais à bon port dans la capitale catalane. Pour Kito de Pavant, il s’agissait avant tout d’engranger des milles en course à bord de son Groupe Bel et démontrer que sa machine est désormais au sommet de son potentiel. Pour Michel Desjoyeaux (Foncia) comme pour Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), la Route du Rhum était un excellent test grandeur nature pour continuer de gommer les défauts de jeunesse inhérents à chaque bateau neuf et jauger des capacités de leurs nouvelles montures. Cette édition 2010 de la Route du Rhum ne leur a pas permis de se mettre en évidence pour des raisons diverses, mais quand on connaît la capacité des bonhommes à rebondir, il est évident qu’il faudra compter sur eux au départ de la Barcelona World Race.

Kito de Pavant (Groupe Bel), malchanceux

Le navigateur méditerranéen se réjouissait de participer à cette édition 2010. Son plan Verdier-VPLP optimisé au fil des navigations l’autorisait à nourrir quelques ambitions, ce que Kito démontrait en étant d’emblée dans le rythme de la course. A la lutte en tête de flotte dès la sortie de Manche, Kito se voyait bien jouer un scénario  dans lequel il pourrait prétendre jusqu’au bout à la victoire finale. Mais ses espoirs se sont envolés dans l’ouest des Açores où l’axe qui supporte le vérin de sa quille hydraulique a brutalement cassé. Une pièce surdimensionnée, éprouvée, fiabilisée qui lâche et ce sont les espoirs de podium qui s’envolent. La mort dans l’âme Kito a dû faire demi-tour, cap sur Horta, où accueilli par Armando Castro, grand maître d’œuvre de la marina de l’île de Faial, il a pu retrouver son équipe, fiabiliser la réparation de fortune et envoyer son bateau en convoyage jusqu’à Port-Camargue qu’il devrait atteindre en fin de semaine.

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), frustré

Pour Jean-Pierre Dick, cette Route du Rhum devait venir valider les milliers de milles déjà parcourus à bord puisque, fidèle aux méthodes qui ont fait leurs preuves, Jean-Pierre a ramené son bateau de Nouvelle-Zélande à la voile, s’offrant ainsi un banc d’essai grandeur nature. Son tout nouveau plan Verdier-VPLP allait donc pouvoir se mesurer efficacement aux bateaux d’ancienne génération. L’occasion pour lui de vérifier quelques unes des options imaginées pour gagner encore en performance. Hélas, des problèmes d’alimentation électrique récurrents et la perte d’un génois ont gâché en partie la course du navigateur niçois. Néanmoins, Jean-Pierre tire quelques satisfactions de cette Route du Rhum 2010 : malgré quelques défauts de jeunesse, son bateau lui semble bien né et surtout, le navigateur s’est senti parfaitement préparé physiquement. De bon augure avant un tour du monde, attendu avec impatience.

Michel Desjoyeaux (Foncia), perplexe

Auteur d’une option sud radicale, Michel Desjoyeaux n’a finalement pas pu se comparer réellement aux autres ténors de la série IMOCA à l’exception d’Arnaud Boissières qui lui a longtemps tenu la dragée haute sur une route sud. A l‘arrivée en Guadeloupe, Michel, avec sa franchise habituelle, s’interrogeait sur les ressorts qui l’avaient poussé à prendre cette option, a priori peu évidente. Crainte inconsciente de devoir tirer sur un bateau qui sortait tout juste du chantier dès lors qu’il était bord à bord avec la majorité de la flotte ? Choix d’une route plus « tranquille » pour ne pas obérer ses chances d’être au départ de la Barcelona World Race ? Tempérament un peu trop joueur ? Le double vainqueur du Vendée Globe avouait qu’il allait devoir analyser les raisons qui l’avaient poussé dans une option qui s’est vite révélée perdante. Mais on peut faire confiance au marin de Port-la-Forêt pour vite trouver les solutions et revenir encore plus fort au départ de Barcelone.

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