
Safran.
© Maria Muiña
La flotte a enfin pu naviguer dans des vents portants et sans pluie. Des changements aux quatre premiers postes du classement général. W Hotels – Nova Bocana, première équipe espagnole après les problèmes de Movistar.
Quand sur le coup de la mi-journée, Pakea-Bizkaia a coupé la ligne d’arrivée sous un soleil radieux, il a conclu officiellement la troisième étape de la Vuelta a España a Vela. Une étape de 220 milles avec beaucoup de surprises et l’arrivée bienvenue des vents portants qu’affectionnent les véloces IMOCA Open 60.
Après le passage de la bouée de dégagement, située à un mille et demi du port de plaisance de Gijón, Safran menait la flotte avec GAES Centros Auditivos dans son sillage. À partir de là, la flotte devait mettre le cap à l’Ouest pour rallier l’Estaca de Bares, puis le cap Ortegar avant de doubler le cap Finisterre, un point de passage obligatoire qui permettait de prendre un demi-point de bonification.
Dans le long parcours jusqu’à l’Estaca de Bares, les deux bateaux français ont de nouveau démontré que leur réputation n’était pas usurpée. Movistar, pendant ce temps, serrait les dents et se plaçait en troisième position dans une remontée impeccable. W Hotels – Nova Bocana et GAES Centros Auditivos bataillaient pour améliorer leurs positions et ajouter des milles entre eux et Estrella Damm, jusqu’à ce que le bateau skippé par Pepe Ribes et Alex Pella reprenne des milles, jusqu’au changement de voile.
Passée l’Estaca de Bares, la route à prendre permettait d’envoyer les spis et cette manoeuvre annonçait le dénouement de l’étape Gijón-Sanxenxo. PRB (Vincent Riou) expérimentait des problèmes pour enlever la chaussette de son spi et devait en envoyer un autre, ne pouvant qu’observer Safran s’éloigner toutes voiles dehors. Un peu plus loin, Movistar expérimentait les mêmes problèmes de chaussette de spi et devait ramener le spi, enlever la chaussette, mettre des laines et le hisser de nouveau, cette manœuvre le faisant glisser à la sixième place. Mais le mauvais sort s’est acharné : le spi s’est déchiré plus tard lors d’un empannage.
Sa seule consolation a été de passer très près des rochers pour aller chercher la marque intermédiaire faisant ainsi un cap plus direct que GAES Centros Auditivos, ce dernier étant déjà dépassé par ailleurs par Estrella Damm.
Sur la dernière partie du parcours, PRB décidait de naviguer plus loin de la côte, ce dont W Hotels- Nova Bocana et Estrella Damm ont profité pour revenir dangereusement sur lui. GAES Centros Auditivos, tirant parti du problème de Movistar, prenait alors la cinquième place à l’arrivée.
Central Lechera Asturiana, avec les Asturiens Juan Merediz et Fran Palacio, n’a pas pu faire grand-chose pour améliorer la septième position qu’il occupe depuis les deux premières étapes de cette Vuelta. Le déficit de vitesse du bateau face aux designs plus récents des six autres n’a pas trouvé dans le vent un complice qui lui ouvrirait des opportunités tactiques.
La classification générale est chamboulée. Aucun des quatre premiers au classement au départ de Gijón ne maintient sa position après l’ajout des points de la troisième étape (plus le bonus acquis au cap Finisterre) : les places de Safran et PRB sont interverties, de même que celle de W Hoteles-Nova Bocana et Movistar ; Estrella Damm se maintient à la cinquième place.
Les trois protagonistes espagnols sont séparés par seulement 3,5 points au classement. Les matches auxquels ils se livreront sur les prochaines étapes n’en seront que plus palpitants. Peut-être vont-ils forcer le rythme et commencer à faire vaciller l’hégémonie française qui règne dans cette Vuelta a España a Vela. GAES Centros Auditivos ne se résigne certainement pas à rester en queue de peloton dans les prochaines étapes.
Ils ont dit :
Marc Guillemot (FRA) Safran: “ Notre souci était d’arriver avant les autres sans penser au classement général, mais c’est évidemment une joie d’être de nouveau premier sur le papier, et de savoir que nous avons en plus récupéré la bonification prévue au Cap Finisterre. Nous avons bien navigué et tout l’équipage a merveilleusement travaillé. Charles Caudrelier a excellé dans la gestion de la navigation et de la stratégie. Nous avons tout donné jusqu’à l’arrivée jusqu’à prévoir une voile en cas d’accalmie à l’entrée de la ria de Pontevedra. Il fallait rester sur le qui-vive et concentré jusqu’à la ligne d’arrivée. PRB était passé devant dans l’après-midi, mais le vent est un peu tombé et nous avons hissé le spi avant eux pour finir par les repasser pendant la nuit. Je crois qu’ils ont eu des soucis dans les manœuvres, ce qui nous a permis d’accroitre notre avance de deux à cinq milles. Je vais apprécier de pouvoir enfin poser la tête sur l’oreiller parce que je suis épuisé. Nous avons utilisé toutes les voiles en dehors du spi lourd. »
Vincent Riou (FRA), PRB: “Nous étions avec Safran jusqu’au cap Ortegal. Ensuite nous avons raté l’envoi du spi. Nous n’avons pas pu enlever la chaussette. Il a fallu descendre le spi, le changer par un autre et relancer le bateau. Nos réglages ne sont pas mauvais au regard de Safran qui a trois ans et qui est lui bien affuté. Il y a cependant des détails à améliorer. Il a aussi fallu controler les bateaux derrière nous. Nous nous sommes éloignés de la côte par peur d’y trouver moins de vent, alors que W Hotels-Nova Bocana, qui s’y trouvait, avait moins de milles à parcourir et gagnait beaucoup de terrain sur nous.
Enrique Cameselle (ESP), W Hotels-Nova Bocana:
“L’étape était très intéressante, rapide et enfin sans la pluie, nous avons eu du soleil. C’est la première fois depuis le départ de la Vuelta a España a Vela que nous naviguons sous spi. Nous avons pu appuyer sur l’accélérateur et faire de la vitesse. Le bateau est facile à mener et amusant. Nous sommes fatigués, il y a beaucoup de travail bien que soyons cinq à bord d’un bateau fait pour la navigation en double. Nous avons passé de bons moments à 17-18 nœuds avec quelques pointes à 20. »
Pachi Rivero (ESP), W Hotels-Nova Bocana:
“ Nous avons souffert un peu au vent de travers, c’est une allure qui nous a couté des milles, mais nous avons bien résisté. Une fois aux allures portantes le bateau s’est bien comporté, il se défend bien. Nous occupons maintenant la troisième place et toute l’équipe est enchantée. »
Toño Piris (ESP), W Hotels-Nova Bocana: “Nous avons été plus réguliers sur cette étape. Nous avons pris un bon départ, réalisé une bonne navigation et de jolies manœuvres. »
Gonzalo Infante (ESP), W Hotels-Nova Bocana: “Sur la fin de l’étape, nous étions placés entre PRB, plus au large, et Estrella Damm qui a empanné avant, plus près de la côte. Nous avons regardé les options et celle que nous avons choisie visait à minimiser les risques avant un possible changement de vent. »
Alex Pella (ESP), Estrella Damm: “En arrivant au cap Finisterre, nous avons été les premiers à envoyer le spi, et nous avons récupéré beaucoup de terrain. Nous avons navigué proprement et vite. Nous sommes contents, car depuis que nous avons commencé à naviguer avec ce bateau il y a un an, c’est la première fois que nous sommes plus rapides que W Hotels-Nova Bocana aux allures de vent arrière. »
Pepe Ribes (ESP), Estrella Damm: “Dans le près– vent de travers jusqu’à Estaca de Bares nous avons moins bien marché que d’habitude. Nous avons tout essayé, mais rien n’y faisait. Le bateau avance mieux que lors du Tour de l’Europe l’an dernier, nous sommes satisfaits de voir que les changements que nous avons effectués portent leurs fruits. Avec le spi nous sommes allés très vite, car entre le cap Finisterre et Sanxenxo nous avons repris deux milles à W Hoteles-Nova Bocana.»
Anna Corbella (ESP), GAES Centros Auditivos: “Cela m’a beaucoup plu de naviguer aussi près de la côte et de pouvoir voir Estaca de Bares et le cap Finisterre. Je n’étais jamais passée aussi près lors de mes précédentes navigations. »
Dee Caffari (GBR), GAES Centros Auditivos: “ Nous avons pris un bon départ et la première remontée au vent était bonne, nous étions mieux placés que jamais. Nous avons décidé de hisser le spi un peu tard. La navigation de nuit avec le spi était spectaculaire. Le bateau avançait vite, le ciel était plein d’étoiles, et nous naviguions près de ces côtes. Nous sommes revenus près des premiers, mais nous n’avons pas pu les passer. Il nous reste quand même le réconfort d’avoir doublé Movistar et d’avoir enfin pu naviguer sous spi sur les IMOCA Open 60. »
Iker Martínez (ESP), Movistar: “Nous avons hissé le spi avec la chaussette et nous n’avons pas pu l’enlever. Nous avons affalé le spi pour le hisser de nouveau comme il faut, après avoir posé des laines. Ensuite nous l’avons déchiré. Au passage de la porte nous avons pris beaucoup de risques pour prendre les points avant GAES Centros Auditivos. Nous avons pris la décision de passer au ras des rochers puisque c’était la partie la plus près de la ligne et nous nous en sommes bien sortis. »
Xabier Fernández (ESP), Movistar: “Cela a été un jour compliqué. Nous avons commencé par prendre un départ trop tôt. Dans la partie au près/vent de travers nous avons récupéré du terrain pour nous placer en troisième position, très près de ceux qui nous précédaient et avec une marge sur le quatrième. Nous étions contents, mais hisser le spi nous a rendu la course un peu difficile. C’était difficile de ne pas pouvoir être devant pour voir comment nous nous comportions dans ces conditions avec le spi. D’autant plus que nous n’avions pas pu le sortir sur les précédentes étapes ».
Juan Merediz (ESP), Central Lechera Asturiana: « Après deux étapes au près à tirer des bords, nous avions très envie de choquer les écoutes, d’ouvrir les voiles et prendre de la vitesse. Nous sommes bien partis, avec un bon départ et se mettant un maximum de pression, mais cela n’a pas duré. Les nouvelles routes nous ont permis de tester différentes voiles et leurs réglages. Nous en avons bien profité au passage du cap Finisterre en touchant des rafales à 25 nœuds. C’est une zone que nous connaissons bien, car nous avons pas mal navigué par ici. Cette Vuelta a España c’est comme jouer au jeu de l’oie : je suis né à Gijón, nous avons notre base à Sanxenxo et je vis avec ma famille dans la communauté de Valence, d’une case à l’autre. J’ai l’impression que c’est ma Vuelta a España. »
Jaume Mumbrú (ESP), Pakea-Bizkaia: “Cette étape a été difficile, car nous n’avions pas les sabres de dérive. Les dérives se sont cassées à la fin de la deuxième étape. Du coup, au lieu de naviguer au vent de travers jusqu’à l’Estaca de Bares nous avons été au près, le bateau dérivait beaucoup. Il était complètement déséquilibré, mais nous avons ajusté l’assiette en ajustant les voiles et en répartissant le poids. À partir de là nous avons touché du portant et cela a été un soulagement. Nous en avons profité pour apprendre du bateau aux allures portantes en comparant plusieurs configurations. »
Cali Sanmartí (ESP), Pakea-Bizkaia: “ Après la deuxième étape, nous n’avions pas eu le temps de réparer les dérives. L’une d’elles s’est complètement cassée au raz de la coque, mais l’autre est restée suspendue et nous l’avons récupérée. Nous n’avons pas le temps de les réparer et nous espérons que lors de la prochaine étape, la descente jusqu’à Gibraltar, nous serons au portant. Elles vont beaucoup nous manquer en Méditerranée, mais il faut rester optimiste. Nous sommes arrivés à Sanxenxo, où il y a de la lumière, du soleil et du poulpe. »