
Estrella Damm a Barcelone.
Nico Martínez
Instaurer une compétition océanique de premier rang avec des sportifs venant des deux côtés de l’Atlantique ; contribuer à un jumelage fructueux entre deux des villes les plus cosmopolites du monde par le biais du sport et de la culture ; inculquer l’amour de la mer et de la navigation aux plus jeunes et mettre Barcelone au centre de ce nouveau défi sportif de portée international. Voici quelques-uns des objectifs à partir desquels le New York-Barcelona Sailing Record, qui s’est déroulé le mois d’avril dernier, a été conçu. Le degré de satisfaction de ces ambitions a pu être valorisé au travers des différents aspects du défi. Chacun d’eux porte un dénominateur commun : l’effort.
« Ils sont impressionnants ! Jusqu’à aujourd’hui je n’ai pas vu Pepe Ribes dormir !” Cela faisait cinq jours qu’Estrella Damm et W Hotels naviguaient toute toile dehors dans l’Atlantique Nord et Stan Schreyer ne cachait pas son admiration pour ses compagnons du bord. Lui-même, bien que régatier de haut niveau du mythique New York Yacht Club, n’avait jamais navigué sur des IMOCA Open 60 et était surpris par la beauté, la rapidité, mais aussi l’exigence de ces voiliers océaniques.
Du point de vue sportif, Estrella Damm et W Hotels-Nova Bocana ont été les protagonistes d’une bataille acharnée à la fois contre le chrono et entre eux. Comme il s’agissait de la première tentative d’établir le record, le premier des deux bateaux à arriver à Barcelone avait l’honneur d’établir le temps de référence. De ce fait, la lutte ne se déroulait pas uniquement entre les deux bateaux, mais aussi contre les futurs aspirants au NY-BCN Transoceanic Sailing Record. Il fallait donc établir un temps non seulement respectable, mais aussi difficile à améliorer.
Douze jours, six heures, trois minutes et 48 secondes. C’est avec ce temps qu’Estrella Damm met en place un nouveau défi dans la voile océanique. Un chiffre honorable sur un parcours de 3.670 milles entre Ambrose Light à New York et l’hôtel W à Barcelone (avec une moyenne de 12,48 nœuds). Le mérite est d’autant plus grand lorsqu’on tient compte que son concurrent, W Hotels-Nova Bocana, a vendu bien cher sa peau et est arrivé à Barcelone seulement neuf heures plus tard. Ce succès sportif, remporté par les deux bateaux, avait pour socle l’effort et les compromis des deux skippers de leurs équipes à terre.
Les navigants sont en effet la partie visible du record. Alex Pella, Pepe Ribes et Stan Schreyer sur Estrella Damm, et Pachi Rivero, Toño Piris et Peter Becker sur W Hotels sont ceux qui sont passés à la télévision, ont été vus dans les quotidiens et sur les sites Internet du record. Mais, bien qu’elles n’aient pas été à bord, beaucoup de personnes ont aidé à la concrétisation de ce succès. Alex a mentionné quelques noms lors de la cérémonie de clôture du record, au Museu Nacional d’Art de Catalunya, alors qu’il remerciait les efforts réalisés par les différents services de l’écurie de la Fundació Navegació Oceànica Barcelona qui avaient rendu cet événement possible.
La naissance d’un rêve
Le New York-Barcelona Transoceanic Sailing Record a été beaucoup plus qu’une tentative, réussie, d’établir le premier record à la voile entre deux villes. L’événement a également servi à renforcer les relations entre les deux mairies, à organiser des activités culturelles et à faire participer les écoles à des ateliers en rapport avec la mer et la navigation. De plus, la Fundació Navegació Oceànica Barcelona a utilisé le record pour réaliser un test quasi général de l’infrastructure sur laquelle sera organisée la prochaine Barcelona World Race.
Le rêve d’Enric Puig - président du Salon Nautique de Barcelone de 1998 à sa mort en 2008 – de réunir New York et Barcelone avec un record de navigation à la voile dans le genre de la traversée de l’Atlantique ou le Trophée Jules Verne a commencé à prendre forme avec les premiers contacts entre les deux villes en mai 2099.
À New York, l’idée a pris dès le début, car le défi sportif était lié à diverses activités culturelles et scolaires, ce qui intéressait la ville en priorité.
Dès les premiers contacts, un comité du record a été créé avec à sa tête, Josep Maria González qui coordonnait les différentes activités. D’un côté, le New York Yacht Club prenait en charge les responsabilités du Comité de Course pour le départ et la régate côtière qui le précédait (ce qui incluait la gestion de toutes les permissions nécessaires de la part des autorités portuaires de New York et du service de garde côtes des États-Unis).
Il fallait également organiser les activités culturelles avec une exposition au Winter Garden du World Financial District de la ville de nord américaine et l’exposition de photographie olympique d’Avelino Pi au South Street Museum, situé également au cœur de la Grosse Pomme ; de plus, la ville souhaitait impliquer des écoles dans un programme éducatif comme cela était fait à Barcelone.
Les participants au record, les bateaux de l’écurie de la Fundació Navegació Oceànica Barcelona sponsorisés par Estrella Damm et Hotels-Nova Bocana, s’investissaient également pour renforcer les liens entre les deux villes. Estrella Damm est une entreprise barcelonaise qui souhaitait entrer à New York, et W Hotels est une entreprise new-yorkaise qui veut pénétrer le marché européen et utilise Barcelone comme porte d’entrée. Les deux entités ont vu dans le défi une plate forme parfaite pour servir leurs intérêts respectifs et apporté tout leur appui pour qu’il soit un succès.
Bien qu’il s’agisse d’un record, il s’est déroulé – du point de vue de la logistique, de la presse, production télévisuelle ou direction de course - comme s’il s’agissait d’une régate : depuis la direction de course (tracking des bateaux avec publication des positions toutes les quatre heures, suivi météo dédié - indépendant des informations que recevaient les concurrents, communication entre les bateaux et la terre), jusqu’au service de presse (information aux médias et élaboration d’un nouveau site Web en trois langues), en passant par la télévision, la logistique le marketing et finalement la technologie (présente dans tous les domaines).
Au final, l’effort de toutes les parties impliquées a porté ses fruits. Les régatiers ont établi un record qu’il ne sera pas facile de battre, les équipes ont pu vérifier la mise au point et l’optimisation des bateaux. Les skippers ont eu une nouvelle chance d’être en situation de compétition, de tester leurs aptitudes et de prendre le dessus sur les problèmes qui se sont présentés. Cela a été le cas, par exemple, lorsque l’équipage de W Hotel a du réparer sa barre sans faire escale à terre. En organisant un nouvel événement international de premier rang, l’équipe de la Fundació Navegació Oceànica Barcelona a donc gravi une nouvelle marche dans son travail constant pour donner de l’élan à la voile océanique dans notre pays.
Les différents départements fonctionnent ensemble et ont détecté des possibilités d’améliorations intéressantes qui pourraient être mises en œuvre dans le futur, pendant la Barcelona World Race par exemple. Le NY-BCN Transoceanic Sailing Record a été une expérience enrichissante dans ses aspects sportifs, culturels et en terme d’organisation. L’événement a généré un intérêt notable tant dans les médias (quasi 1.300 articles de presse publiés aux États-Unis et en Espagne) que parmi les navigateurs océaniques. Plusieurs skippers du monde entier ont déjà manifesté leur intérêt pour tenter de battre ce record de navigation, qui unit pour toujours New York et Barcelone.